"... Qu'est-ce qu'une femme ?"

Mis à jour : 9 oct. 2019


Crédit image : anonyme

Une hésitation. Puis, un temps passe. La réponse met du temps à arriver.


Alors que cela devrait être évident depuis la nuit des temps, on est jamais prête à y répondre. La question surprend, à chaque fois. Et, la réponse n'est pas fulgurante. Le silence est gênant, on tente des phrases du type la femme est plurielle vous savez, ou je suis plusieurs femmes, elle a différents visages, elle est complexe, avec de nombreuses facettes, ... Il y a plein des femmes en moi, une femme est multiple, une femme c'est tellement de choses, etc. Puis, comme soulagée de se définir en éclat, on se fragmente sous le diktat de la question. Diviser pour mieux régner, comme dirait l'autre, jusqu'au au sein du corps féminin !


Le dictionnaire dit que la femme est un être humain de sexe féminin. La femme est épouse ou encore qu'elle assigne un sexe à un métier d'homme comme femme ingénieur, ou femme professeur (1). Une femme est un être défini par l'homme, LE référent de l'humanité. Et, une femme ne représente que l'autre moitié du monde, à peu près ...3,5 milliards d'êtres humains.


La question définit en soi la femme, par opposition à l'homme, qui se différencie ainsi de cet autre moitié de l'humanité. Une femme, c'est ce qui n'est pas homme. Au XIXè siècles, le monde médical, largement représenté par le « sexe fort » désignait comme féminisme, une maladie qui altérait la virilité. La perte de la virilité est encore aujourd'hui une peur enracinée du genre masculin (2). En 1882, Hubertine Auclert, une suffragette militante et éclairée récupère le terme, non sans ironie, et l'utilise pour la lutte des femmes au droit de vote (3). Depuis, le féminisme a permit à la femme d'être reconnue à l'égale de homme en tant que citoyenne du monde. Enfin, on reconnait que 3,5 milliards de femmes, ce n'est pas rien ! La virilité étant le système du pouvoir du patriarcat, la peur du féminisme à l'échelle des milliards est compréhensible. A la question qu'est-ce qu'une femme ? On pourrait répondre, c'est une féministe !


Mais la question est incomplète. A l'ère des sexualités plurielles et des genres multiples sans oublier les avatars virtuels, la question serait : Quel individu es-tu, réel et/ou cyber, au moment où je pose la question, dans une société où domine encore le modèle masculin blanc hétérosexuel ? Trop longue. Trop intello, trop compliquée.... c'est quoi la question ?


Puis, pourquoi définir l'autre moitié de l'humanité, les femmes ? Cela suppose qu'il y aurait une quête identitaire. Qui a supposé cela ? Pourquoi serions-nous, les milliards de femmes, dans une quête identitaire ? Pendant que nous cherchons qui nous sommes dans nos hésitations et dans la fragmentation de notre individualité, l'autre moitié homme perpétue son unique modèle dominant. Arrêtons de tenter une définition de la femme. C'est une quête de chimère.

Qu'est-ce qu'une femme ? Elle est personne, sa personne. La question est obsolète. D'ailleurs, est-ce qu'on pose la questionqu'est-ce qu'un homme ?



  1. www.larousse.fr, consulté le 06.02.2019

  2. Olivia GAZALE, Le Mythe de la virilité, Paris : Robert Laffont 2017

  3. Christine BARD,  Les Féministes de la première vague, Rennes : Presses universitaires, coll. Archives du féminisme. 2017

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