Crédit photo: Cansev Mücella Özkezer

Tülin Özdemir

Film director

Co-founder Les Herbes Folles

Je suis née  au coeur de l'Europe dans un des creux populaires de la ville de Bruxelles, une nuit d'été caniculaire, le  30 juin de l'année 1976. Mon enfance était animée, entre ici et là-bas, rythmée par les éclats dans le quartier turc et les longs mois contemplatifs des vacances d'été au village de ma grand-mère Hane.

Une adolescence chaotique où je m'arrachais de l'emprise familiale pour m'aventurer seule dans les marges de la société. Seule face au monde, je découvrais ainsi une emprise bien plus étendue, l'image de la femme.

Diplômée de la Haute Ecole d'Art de Saint-Luc à Bruxelles, j'ai travaillé plusieurs années en tant qu’indépendante en architecture d’intérieur et design avant de passer les examens d'entrée pour l'INSAS. Après deux ans dans la section réalisation, j'ai suivi le master en documentaire de création et anthropologie visuelle du S.I.C. (Sound Image Culture). J'y fabriquais mon premier court-métrage documentaire « Notre Mariage ». Un film artisanale en « je » où j'explorais le sujet du mariage précoce. Ensuite, je réalisais « Au-delà de l' Ararat », un road-movie documentaire vers mes origines turques. Mon désir était de recréer une identité  à travers la mémoire des femmes d'Anatolie ( Turques, Kurdes et Arméniennes ).

En 2011, avec Anne Ransquin, une amie photographe, nous avons sillonné les Balkans pour réaliser un projet d'installation film / photo « Clivovich vs Kebabtje ». Pendant ce voyage en caravane de plusieurs semaines, dans l'ex-Yougoslavie, la question était : Qu’est-ce qui sépare les gens et en même temps les relie ? Les frontières ne sont pas forcément là où on les imagine.

Le thème principal que je traite en cinéma est la femme. Qui est la femme dans notre monde d'aujourd'hui ? Le féminin et son incarnation voir son incorporation. Dans une quête identitaire, la femme est en mutation dans un monde encore façonné par le regard de l'homme. La femme doit recréer sa représentation dans la société. Réaliser des films est une manière de me réapproprier mon image de femme dans le monde.

Mon court-métrage documentaire « Rendez-vous sur le quai » était aussi un projet de film pour une exposition de photographie, réalisé à la demande de la Fondation de l’Architecture de la ville de Bruxelles. Comme réponse à la question : " Et la femme dans la ville  ? ", ce court-métrage est une balade sur péniche au rythme de l'eau qui est un des rares éléments féminins dans l’espace publique de la ville où la violence envers le corps de la femme est omniprésente. 

Pour approfondir l'écriture scénario, j'ai ponctué mon parcours par une année à l'ULB en Master Ecriture et Analyse cinématographique.

" Les Lunes Rousses " est mon dernier film, un long-métrage documentaire réalisé en 2019. Avec Notre Mariage et Au-delà de l'Ararat, Les Lunes Rousses clôture une trilogie sur la quête identitaire au féminin.

Actuellement, je prépare l'écriture d'un long-métrage fiction et un prochain documentaire de création où il sera question du coeur des hommes.

 

 

I was born in the heart of Europe in one of the popular neighborhood of Brussels, one canicular summer night, June 30th in the year 1976. My childhood was lively, between here and there, punctuated by shards of Turkish district and the long contemplative months of the summer holidays in the village of my grandmother Hane. Then a chaotic adolescence where I tore myself away from the family grip to dive alone in margins of society. Alone face to the world, I discovered a much wider grip, the image of woman.

Graduated from Haute Ecole d'Art de Saint-Luc in Brussels, I worked for several years as a freelance in interior architecture and design before passing the entrance exams of cinema school INSAS. After two years in the directing section, I followed the master's in creative documentary and visual anthropology at S.I.C. (Sound Image Culture). I made my first documentary short film “Our Wedding” there. An artisanal “I” film where I explored the subject of early marriage. Then, I directed "Beyond the Ararat", a documentary road movie about my Turkish origins. My desire was to recreate an identity through memory of women of Anatolia (Turks, Kurds and Armenians). In 2011, with Anne Ransquin, a photographer friend, we traveled the Balkans to realize a film / photo installation project "Clivovich vs Kebabtje". During this caravan trip of several weeks in the former Yugoslavia, the question was : What separates people and at the same time connects them ? Borders are not necessarily where we imagine them.

The main theme I deal with in cinema is woman. Who is woman in our world today ? The feminine and its incarnation see its incorporation (recover her body). In a quest for identity, women are molting in a world still shaped by the gaze of men. Women must recreate their representation in society. Making films is a way of reappropriating my image of a woman in the world.

My documentary short film "Rendez-vous sur le quai" was also a film project for a photography exhibition, made at the request of the Brussels Architecture Foundation. As an answer to the question: "And the woman in the city ?", this short film is a ride on barge to the rhythm of the water which is one of the rare feminine elements in the public space of the city where violence towards the woman's body is omnipresent.

To deepen scriptwriting, I punctuated my path with a year at the ULB university in Master Writing and Cinematographic Analysis.

"Red Moons" is my last film, a documentary feature film made in 2019. With Our Wedding and Beyond the Ararat, Red Moons ends a trilogy on the quest for identity through female gaze. Currently, I am preparing the writing of a fiction feature film and a next creative documentary will be about hearts of men.

Je suis atteinte d'une folie qui exige un certain dépassement de soi.

Chahdortt Djavann