Crédit photo: Cansev Mücella Özkezer

Tülin ÖZDEMIR

« Dans les films de femme, il y a une qualité spécifique du temps. La force des hommes est leur grand sens de l’immédiat, ils sont des créatures du maintenant. La femme possède la force d’attendre. Elle doit attendre. Elle attend 9 mois pour concevoir un enfant.

Le temps est construit dans son corps comme un sens du devenir. Et elle voit tout dans cet état de devenir. Elle élève un enfant, elle ne sait pas ce qui est à tout instant, mais elle voit la personne que l’enfant devient.

Toute sa vie, depuis le début, le temps est construit en elle comme le sens de devenir. Je pense que la tension dans mes films provient de la métamorphose constante d’une image qui devient toujours une autre image. C’est ce qui advient qui est important dans mes films et pas ce qui est à chaque instant. C’est ça, le sens du temps de la femme au cinéma. » 

 

Maya Deren

 

Extrait du documentaire In the miroir of Maya Deren (2001)

Tülin Özdemir

Film director

Cinéaste

Je suis née au cœur de l'Europe dans un des creux populaires de la ville, une nuit d'été caniculaire, le 30 juin 1976. Mon enfance était rythmée entre les éclats du quartier turc de Bruxelles et les longs mois contemplatifs des vacances d'été en Anatolie, au village de ma grand-mère Hané. L’enfance entre ici et là-bas est le terreau poétique de mes films. Mon adolescence était chaotique. Suite à un mariage trop précoce, je m'arrachais de l'emprise familiale pour m'aventurer seule dans les marges de la société. Un combat pour la liberté qui me propulsait dans une réalité violente que je ne soupçonnais pas.

Diplômée de la Haute École d'Art de Saint-Luc à Bruxelles, j'ai travaillé plusieurs années en tant qu’indépendante en architecture d’intérieur avant de passer les examens d'entrée à l'INSAS. Après deux ans dans la section réalisation, j'ai suivi le master en documentaire de création et anthropologie visuelle du S.I.C. (Sound Image Culture). J'y fabriquais mon premier court-métrage documentaire Notre Mariage. Un film artisanal en « je » où j'explorais le sujet du mariage précoce. Ensuite, je réalisais Au-delà de l'Ararat, un road-movie documentaire vers mes origines turques. Recréer une identité vivante  à travers la mémoire des femmes d'Anatolie Turques, Kurdes et Arméniennes. Des installations de films / photos, une autre mise en scène du regard documentaire, ponctuent mon parcours de cinéaste. Avec Notre Mariage et Au-delà de l'Ararat, Les Lunes rousses, mon dernier long-métrage documentaire, clôture une trilogie sur la quête identitaire au féminin.

Le thème principal de mes films est la femme et son incarnation. Réaliser des films, c’est une métamorphose constante. Lorsque je filme l’autre, je réincorpore des images de femmes, je m’incarne dans le monde. Je crée un regard féminin du réel. Dans le chaos d’aujourd’hui, la femme mue, elle est en devenir. Actuellement, je prépare l'écriture d'un long-métrage fiction et un prochain documentaire de création où il sera question du cœur des hommes.

I was born in the heart of Europe in one of the popular district of the city, on a scorching summer night, June 30, 1976. My childhood was punctuated between the outbursts of the Turkish quarter of Brussels and the long contemplative months of summer vacations in my grandmother Hané's village in Anatolia. Childhood between here and there is the poetic ground of my films. My adolescence was chaotic. Following a too early marriage, I tore myself from the family hold to venture alone into the margins of society. A fight for freedom that propelled me into a violent reality that I never suspected.

Graduated from the Haute École d'Art de Saint-Luc in Brussels, I worked for several years as a freelance interior designer before taking the entrance exams at INSAS, the cinema school of Brussels. After two years directing films section, I followed the master's degree in creative documentary and visual anthropology at S.I.C. (Sound Image Culture). I was making my first short documentary Our Marriage there. A craft film in "I" where I explored the subject of early marriage. Then, I made Beyond Ararat, a documentary road movie about my Turkish origins. Recreate a living identity through the memory of Turkish, Kurdish and Armenian Anatolian women. Film / photo installations, another staging of the documentary gaze, punctuate my career as a filmmaker. With Our Marriage and Beyond Ararat, Red moons my last feature-length documentary, closes a trilogy on the quest for female identity.

The main theme of my films is the woman and her incarnation. Making films is a constant metamorphosis. When I film the other, I reincorporate images of women, I embody myself in the world. I create a feminine gaze of reality. In the chaos of today, the woman is changing, she is mutating.

Currently, I am preparing the writing of a feature film and an upcoming creative documentary where it will be about the hearts of men.

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